La slow fashion face au réchauffement climatique

Alimentation biologique, mobilité réinventée, économie du partage… L’écologie s’invite dans notre quotidien et dans nos assiettes. Et pourquoi pas aussi dans nos penderies ? La production et le transport des textiles génèrent 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre chaque année. Pour faire face au réchauffement climatique la mode, à son tour, se repense durablement

Le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publié en octobre dernier a alerté sur les dangers d’une augmentation des températures au-delà de 1,5° C en comparaison des niveaux préindustriels. Parmi les secteurs d’activité pointés du doigt, l’industrie de la mode figure en deuxième position : elle émet chaque année plus de gaz à effet de serre que tous les vols internationaux et les transports maritimes réunis.*

Depuis le début des années 2000, l’utilisation de nos vêtements a diminué de 3,6 % quand leur production a doublé.* Aujourd’hui, les innovations se multiplient autour des fibres organiques, moins consommatrices d’eau que les fibres naturelles comme la laine ou le coton, et des coupes de vêtements facilitant le recyclage des tissus. Pour les marques, c’est aussi une occasion unique d’augmenter l’engagement des consommateurs, de plus en plus sensibles à la mode « éthique », tant concernant les matières utilisées que les conditions de travail des ouvriers du textile.

Les tissus en première ligne

Les marques sont nombreuses à avoir engagé des programmes de recherche et développement autour du textile. Il est désormais possible de trouver des cuirs à base d’ananas ou Piñatex, 100 % végétal. De grandes enseignes commencent à l’utiliser et proposent par exemple des bracelets de montre dans cette matière. Facilement recyclable, car naturel et non mélangé à d’autres fibres, le Piñatex est une des solutions innovantes pour réduire notre empreinte carbone. Une jeune marque américaine, quant à elle, s’est intéressée aux surplus agricoles liés à la production de banane ou sucre de canne, qui sont réutilisés pour concevoir de la biofibre qui servira ensuite à confectionner des textiles écoresponsables.

Concernant les fibres naturelles, plus facilement recyclables que celles à base de pétrole, une entreprise spécialiste des vêtements techniques s’approvisionne depuis 1996 en coton 100 % biologique. Le lin et le chanvre figurent aussi en haut du podium des fibres les moins polluantes : elles nécessitent peu d’eau et peuvent être produites en France.

Découpe, coupe et Fashion Tech

Cette dernière décennie a aussi véritablement permis de lier innovation technique et écologie. Les imprimantes 3D permettent par exemple d’imprimer accessoires, chaussures et vêtements sans chute de tissus et à partir de matière 100 % recyclables. Cette technique permet par ailleurs d’éviter les invendus en produisant les pièces à la demande et sur place. Ces procédés sont cependant encore assez coûteux et il faut parfois plusieurs centaines d’heures pour réaliser une pièce. Il faudra donc encore attendre pour que cette technologie, aujourd’hui apanage des groupes de luxe et des grandes marques, se démocratise.

La coupe des tissus et des vêtements revêt aussi une importance primordiale dans la réduction de la pollution. En effet, plus un vêtement comporte de détails ou d’accessoires, plus il est compliqué à recycler. Une start-up a développé un fil qui se dissout à haute température et permet de décomposer plus facilement tous les éléments d’un vêtement pour mieux recycler chaque pièce.

 

Des acteurs protéiformes

Contrairement aux produits biologiques alimentaires, la mode a mis du temps à intégrer les principes écologiques dans ses circuits de production et de distribution. Mais de petites marques, plus agiles, se sont emparées de ces questions depuis plusieurs années. Une jeune marque française propose des T-shirts dont la fabrication nécessite très peu d’eau, en plus d’être composés de fibres naturelles et recyclées. D'autres entreprises quant à elles réutilisent des tissus d’ameublement pour faire des vêtements.

Côté transparence et information des clients, certaines marques imposent à leurs fournisseurs de détailler la provenance des matières premières ou alors listent à leurs clients les matières et processus de fabrication utilisés en mettant en lumière les points à améliorer. Ces pratiques font désormais tache d’huile, notamment au sein de la grande distribution vestimentaire. Ainsi l’un des géants mondiaux du prêt-à-porter, vise à l’horizon 2020 un approvisionnement uniquement composé de coton 100 % écoresponsable. Ce même groupe a également lancé en 2015 un concours, qui récompense cinq innovations textiles durables.

Côté produits chimiques, une célèbre marque italienne a été reconnue comme étant à l’avant-garde des marques « détox » après avoir supprimé leur utilisation pour traiter et teindre ses vêtements. Enfin, un équipementier sportif américain participe à la récupération du plastique dans les océans pour en faire des vêtements et chaussures. Si l’achat de vêtements reste un achat « coup de cœur » qui a longtemps échappé aux logiques du développement durable, la tendance est en train de changer… enfin !

* A new textiles economy: redesigning fashion’s future ; Fondation Ellen Macarthur, novembre 2017.

Rhabillons-nous

Pourquoi continuer à acheter des vêtements neufs, même fabriqués à partir de fibres recyclées, quand on peut simplement réparer et améliorer ceux que nous préférons et portons régulièrement ?

Parmi les nouvelles tendances, réparation, personnalisation et location de vêtements se démocratisent. Ainsi, l’un des géants du prêt-à-porter a développé un nouveau concept : dans certains magasins et en ligne, des conseils sont délivrés pour réparer, nettoyer ou même embellir ses vêtements. Une marque américaine de jeans propose à ses clients de personnaliser et customiser leurs vêtements, neufs ou d’occasion, en augmentant ainsi leur valeur sentimentale et donc leur durée de vie. Pour enrichir notre garde-robe ponctuellement, il existe des solutions de location : pour la vie de tous les jours, les grands événements ou même pour faire du ski. Les formules sont nombreuses et permettent de recevoir, à un rythme régulier, un ou plusieurs vêtements, ensuite renvoyés… et portés par de nouveaux clients ! De quoi faire tourner l’économie circulaire !

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