Les « sustainable natives » : portrait de la génération climat

« Une génération si convaincue par l’avenir qu’elle n’arrive pas à s’en imaginer un pour elle », c’est ainsi que sont décrits les Millennials dans un article du média « Usbek et Rica ». Une génération qui place la préservation de l’environnement en haut de la liste de ses préoccupations, et qui s’incarne par sa capacité à faire bouger les lignes là où elle considère que les précédentes ont échoué. On les appelle les « sustainable natives » ou génération climat. Mais qui sont-ils vraiment ?

La paternité de l’expression anglaise revient à Jeff King, fondateur de l’école MUSE, en Californie, dont les enseignements sont orientés sur l’écologie. C’est ainsi qu’il présente ses étudiants : des jeunes très au fait des questions environnementales, qui font passer la préservation de la planète avant tout autre engagement. Cette caractéristique n’est pas seulement présente chez les étudiants de Jeff King, elle semble en effet imprégner toute une jeunesse à travers le monde, qui s’investit pour le climat. Cette disposition se retrouve chez de nombreux individus de la génération X et la génération Y. L’étude « Millennial Survey », du cabinet Deloitte, qui a interrogé des jeunes nés entre 1985 et 2002 sur leurs attentes envers le monde du travail, montre par exemple que 46 % d’entre eux préfèrent avoir un impact positif sur leur communauté plutôt que de fonder une famille.

Sociologie d’une jeunesse engagée

Il existe pléthore d’études sur la jeunesse actuelle tant le sujet passionne. Elle y est analysée, ses attitudes décryptées et catégorisées. Les résultats montrent, entre autres, que la génération climat dispose de ses propres symboles, modes d’action et particularités, intrinsèquement liés à la protection de l’environnement : Greta Thunberg, la jeune militante suédoise, les marches pour le climat, les réseaux sociaux pour communiquer et, en toile de fond, un rejet des formes de pouvoir en place. Les sustainable natives ont grandi dans un contexte de crise économique et financière. Chez les plus jeunes, on constate une aggravation de la méfiance envers les institutions.

Motivés et mobilisés

Les sustainable natives sont en lutte, et pour cela ils utilisent plusieurs registres de mobilisation et d’action. Les lycéens par exemple, que l’on dépeint souvent comme désinvestis, sont au contraire engagés mais différemment de leurs parents. Si la politique n’attire plus, ils sont cependant 40 % à déclarer une expérience d’engagement associatif dans l’humanitaire ou dans la protection de l’environnement selon le baromètre DJEPVA 2018 sur la jeunesse. Ils se mobilisent aussi lors des marches pour le climat, lancées le 16 mars 2019, qui ont eu un retentissement international, ainsi que pour les Fridays4Future (vendredis pour le futur) pendant lesquels ils manquent les cours pour organiser des actions de sensibilisation, mobilisation et d’interpellation. Les sustainable natives ont réussi à organiser des actions simultanées regroupant des jeunes (et moins jeunes) tout autour du globe, avec les mêmes slogans. Pour structurer leurs mouvements et centraliser les informations capitales, les sustainables natives disposent d’un outil très performant : les réseaux sociaux. Nés à l’ère digitale, ils en maîtrisent parfaitement les codes. Relais, catalyseurs, visibles, ils leur permettent de s’organiser tout en reprenant nombre des modes d’action de leurs aînés : manifestations, sittings, pétitions, blocages, qu’ils adaptent selon leurs propres codes.

Une société en métamorphose

Les actions de cette jeunesse ont d’ores et déjà un impact sur la société et sur les modes de consommation. La génération climat s’engage aussi par ses actes d’achat en favorisant les produits locaux, recyclés, éthiques, en circuit court… Les entreprises sont jugées par les jeunes consommateurs à l’aune de leur engagement, notamment environnemental. Les grands équipementiers sportifs l’ont bien compris, tout comme les marques de vêtements et la grande distribution, sous la pression de ces jeunes consommateurs qui peuvent, sans hésiter, blacklister une enseigne si elle ne respecte pas ses engagements ou si elle est accusée de « greenwashing » − écoblanchiment. La génération climat a aussi une influence sur le marché du travail. Si elles veulent recruter, les entreprises doivent s’adapter à ses nouvelles exigences. 48 % des individus de la génération Y et 58 % de la génération Z pensent qu’ils quitteront leur employeur actuel dans les deux ans. Ceux qui prévoient de rester cinq ans ou plus travaillent dans une entreprise dont ils jugent l’impact sur la société et ses employés positif. Les sustainable natives recherchent une entreprise porteuse de sens et de valeurs, dont la démarche pour la planète et/ou envers la société est tangible ou a minima neutre. Dans la dernière « European Values Study » (l’Étude sur les valeurs européennes), réalisée tous les huit ans depuis 1981, est mis en avant le fait que 59 % des jeunes Français pensent que l’on devrait donner la priorité à l’environnement, même si cela ralentit la croissance économique… Un pourcentage similaire à celui de l’ensemble de la population ! La génération climat agit comme un véritable déclencheur et, dans son sillage, nous nous prenons tous à espérer un avenir meilleur.

La génération Y (ou Millennials) 

Elle regroupe les personnes nées entre 1980 et 2000 et qui ont grandi avec Internet, le développement des nouvelles technologies et les réseaux sociaux. Pourquoi Y ? Les explications sont nombreuses, la plus répandue étant qu’elle suit la génération X (ceux nés entre 1960 et 1979). On lui associe la question « pourquoi ? », « why ? », qui se prononce comme la lettre Y dans la langue de Shakespeare : la génération Y interroge et remet en question. Y aussi comme la forme des écouteurs et de leur fil, que les jeunes ont tout le temps dans les oreilles. On leur attribue aussi le nom de « digital natives », ou enfants du numérique.

La génération Z

Elle suit la génération Y et commence à la fin des années 90 (en fonction des définitions, entre 1995 et 2001). Les jeunes qui la composent n’ont connu le monde qu’avec des smartphones et le Wi-Fi, et ont grandi pendant la crise financière. Ils partagent de nombreuses caractéristiques avec la génération Y : Internet, réseaux sociaux, culture mondialisée... Ils sont encore plus connectés que leurs aînés : la génération Z utilise en moyenne 4 à 5 réseaux sociaux. On les dit plus influençables par le marketing, mais aussi plus influents sur les marques grâce leur capacité à interpeller les grands groupes sur les réseaux.

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