Nicolas Vanier « Dans les régions arctiques, il est impossible de ne pas voir les effets dévastateurs du dérèglement climatique »

À pied, en raquettes, accompagné de chiens de traîneau, Nicolas Vanier a parcouru des milliers de kilomètres à travers le Grand Nord. Ses nombreux voyages ont fait l’objet de films documentaires et de romans. Puis cet inlassable défenseur de la nature et de l’environnement a choisi le grand écran pour partager son combat.

Crédit photo - Philippe Quaisse

Au début des années 80, vous avez effectué vos premières expéditions en Laponie puis au Québec. D’où vous vient ce goût de l’aventure et du Grand Nord ?

Je ne saurais réellement l’expliquer. J’ai cela en moi depuis toujours. Enfant, je lisais des romans d’aventures et regardais des films qui parlent de voyages. J’ai toujours été attiré par les « pays d’en haut », comme un marin est irrésistiblement attiré par la mer ou un alpiniste par la montagne.

Pendant vingt ans, vous avez parcouru le Canada, la Chine, la Mongolie, la Sibérie, l’Alaska. Pourquoi ces contrées lointaines, au climat rigoureux, vous plaisent-elle tant ?

On y traverse de grands espaces sauvages où les populations, qui se font de plus en plus rares aujourd’hui, vivent en harmonie avec la nature. Certains endroits peuvent aisément sembler inhospitalier, mais je m’y sens bien mieux que dans une grande ville.

Est-ce au cours de ces voyages qu’est née votre conscience écologique ?

J’ai grandi dans la ferme de mon grand-père, en Sologne, et cela a réellement forgé mon amour de la nature et de la forêt. Mais ces quinze dernières années, au cours de mes périples, j’ai constaté les dégâts causés par l’homme, et j’ai réellement pris conscience d’un problème grandissant concernant le dérèglement climatique.

Qu’avez-vous observé ?

Aujourd’hui, dans les régions arctiques, il est impossible de ne pas voir les effets dévastateurs de ce dérèglement sur la faune, la flore, les paysages. Cela est notamment vrai dans plusieurs zones de Sibérie et d’Alaska où le permafrost, véritable ciment naturel sur lequel tout tient, est en train de dégeler. Des villages entiers s’enfoncent dans ce qui devient des marais. Et dans certaines forêts, les arbres tombent car ils n’ont plus d’assise. Un autre effet terrible pour l’avenir est la libération de méthane dans l’atmosphère. Jusqu’alors piégé sous ce permafrost, il se mélange maintenant aux gaz à effet de serre, provoquant encore davantage de réchauffement. Dans le Grand Nord, on assiste ainsi à une sorte d’emballement climatique qui se traduit par endroits à des élévations de température de trois ou quatre degrés.

En 2004, vous réalisez votre premier film pour le cinéma, Le Dernier Trappeur. Pourquoi cette envie ?

Dès mes premiers voyages, j’ai toujours emporté avec moi une petite caméra. Cela m’a d’abord permis de faire des documentaires. Mais après en avoir réalisé une trentaine, j’ai eu envie de passer au cinéma, pour pouvoir offrir sur grand écran ces espaces somptueux tout en racontant des histoires. Il faut dire aussi que les moyens financiers de la fiction sont plus importants que ceux du documentaires. Et j’ai eu la chance que ce premier film de cinéma ait du succès.

En touchant le grand public, avez-vous la volonté de le sensibiliser à l’écologie ?

Je n’ai pas la prétention de pouvoir changer le monde avec mes films. Mais il est vrai que, depuis plusieurs années, je me suis engagé à ne plus faire que des choses qui ont un sens. Je me dois de partager mon inquiétude, au vu des dommages causés.

Votre dernier film, Donne-moi des ailes, évoque la lutte pour préserver une espèce d’oiseaux en voie de disparition : l’oie naine de Laponie. Pourquoi ce sujet ?

Un tiers des oiseaux a aujourd’hui disparu du ciel européen, et un deuxième tiers va aussi certainement prochainement disparaître parce que nous ne faisons rien, ou quasiment. Souhaitons-nous réellement sauver le tiers restant, ou faut-il s’attendre à des printemps silencieux car plus aucun oiseau ne sera là pour chanter ?

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