Bruno Cazabat : "Notre défi est de nous adapter à un monde qui évolue très vite"

Président de l’association Ingénieurs hospitaliers de France (IHF) depuis juillet 2017, Bruno Cazabat évoque les enjeux des métiers de l’ingénierie hospitalière dans un monde en pleine mutation et de plus en plus connecté.

Vous êtes président de l’association Ingénieurs hospitaliers de France (IHF) depuis 2017. Quels sont vos missions et les objectifs de l’association pour 2020 ?

Nous avons pour mission de promouvoir les avancées techniques et les métiers de l’ingénierie dans le domaine de la santé. C’est en 1956 que l’IHF a été créée, deux ans avant la naissance des centres hospitaliers universitaires. Dans un contexte d’après guerre très favorable au développement économique et technologique, les ingénieurs des établissements de santé ont décidé de s’organiser en créant une structure d’échange et de partage d’expériences.

Une fois par an, nous organisons des journées nationales d’études et de formation auxquelles participe d’ailleurs activement Dalkia, avec un cycle de 40 conférences. L’association IHF est l’un des rares organismes de formation professionnelle d’ingénierie hospitalière dans les métiers du bâtiment et des installations techniques à être recensé dans le reférentiel commun, Datadock. C’est une garantie de conformité et de qualité de nos formations.

En 2020, l’une de nos principales thématiques sera la convergence et la sécurisation de nos réseaux d’information dans les hôpitaux. Comme nous sommes sur des sites multiples, échanger de nombreuses données de manière performante, sécurisée et maîtrisée est un véri - table enjeu. La question du froid, qui devient une nécessité pour le confort des patients, est elle aussi primordiale. En effet, le climat se réchauffant, nos besoins en froid augmentent et sont énergivores. Aujourd’hui, les pics de consommation en énergie des établissements de santé ne se situent plus en hiver, mais au mois de juillet !

Vous êtes aussi directeur des affaires techniques aux Hospices civils de Lyon (HCL) depuis 2006. Quelles évolutions avez-vous constatées dans les métiers de l’ingénierie hospitalière ?

Le numérique a investi tous les domaines. Aujourd’hui, le pilotage des cogénérations et la surveillance des réseaux sont ainsi bien meilleurs. Nous pouvons, par exemple, contrôler en temps réel les consommations d’eau, ce qui permet une meilleure optimisation. L’année dernière, aux HCL, nous avons réalisé 10 % d’économie d’eau, soit 70 000 m3 en moins.

Les évolutions majeures concernent les techniques médicales. Le développement des techniques peu invasives permet d’accueillir le patient en chirurgie ambulatoire, avec une seule journée d’hospitalisation pour une intervention. Aujourd’hui, environ 40 % des interventions se font en ambulatoire. Cela a conduit à revoir les modalités d’accueil des patients, l’organisation, les pratiques, mais aussi la configuration des bâtiments et les installations techniques de l’hôpital.

Un autre mouvement de fond porte sur la pression qui pèse sur l’économie de la santé. Nous sommes en permanence en train de reconfigurer les systèmes afin de pouvoir réaliser des économies d’énergie. Cela fait évoluer la conception des bâtiments, avec des plateaux techniques concentrés et centralisés pour une gestion optimisée des effectifs hospitaliers.

Quels sont les enjeux spécifiques au monde hospitalier en termes de performance énergétique?

L’efficacité énergétique et l’optimisation des installations sont un vrai sujet pour le monde hospitalier. La performance énergétique des blocs opératoires, par exemple, sur laquelle travaille Dalkia, est un élément important. Le traitement et le recyclage de l’air sont en effet essentiels. Dans les salles d’opération, il est possible d’avoir un traitement de l’air en basse vitesse quand la salle est inoccupée et donc sans pollution intérieure. Cela peut générer 30 à 40 % d’économies d’électricité.

Un autre aspect important est le stockage de l’énergie. Lors des pics de consommation, il est nécessaire de produire plus ou de consommer moins. Une solution alternative est de décorréler la production de la consommation : c’est le stockage ou le concept du coulis de glace. On fabrique des glaçons, on les laisse reposer et on les utilise quand on en a besoin. De façon anecdotique, nous avons installé dans une unité de process des HCL un système de rafraîchissement dont le fluide primaire est du coulis de glace, produit la nuit (à un tarif d’électricité réduit) et distribué dans les douze heures qui suivent.

Qu’attendez-vous d’un énergéticien comme Dalkia au sein du réseau IHF?

Nous attendons des propositions innovantes, une réflexion sur nos futures thématiques, comme le numérique ou les process froid, et des solutions vertueuses et collectives qui intègrent l’hôpital au sein de la smart city.

À quoi ressemblera l’hôpital de demain? Avez-vous des craintes pour l’avenir ou êtes-vous plutôt optimiste?

Je suis d’un naturel optimiste ! Notre grand défi est de nous adapter à un monde qui évolue très vite et d’apporter les meilleures technologies et les meilleures solutions à un coût maîtrisé. C’est pour cela que le partage d’expériences est important, pour permettre à chaque établissement de santé de s’améliorer.

Selon moi, l’hôpital du futur sera plus confortable et plus accueillant. Les patients y resteront moins longtemps et bénéficieront de techniques médicales peu invasives, plus précises et plus performantes.

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