Tiphaine Guerout : "Réinventer nos modes de consommations"

 

Tiphaine Guerout est la fondatrice de Koovee, première entreprise européenne à fabriquer des couverts comestibles. Pour en savoir plus sur son invention : https://koovee.co/

En 2017, vous avez fondé Koovee, la première entreprise européenne à fabriquer des couverts comestibles. Comment a germé l’idée de créer des couverts qui se mangent ?

J’avais envie de monter un projet en lien avec mes convictions écologiques. Avec la loi sur l’interdiction des plastiques, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à réinventer. Les alternatives aux couverts en plastique ne sont pas réellement satisfaisantes. Le bois, qui provient généralement d’Asie, est traité chimiquement et n’est pas bon en bouche. Quant au bioplastique, c’est un faux bon ami puisqu’il se dégrade très mal et il existe très peu de filière de recyclage. La France étant le pays de la gastronomie, il y avait un alignement des planètes pour créer une entreprise européenne de couverts comestibles.

Quels goûts ont les fourchettes et cuillères que vous proposez ?

Aujourd’hui, nous produisons un modèle vegan au goût neutre et universel qui ressemble au gressin et qui s’associe aussi bien avec le salé que le sucré. On a également développé des gammes sucrées - amande et fleur d’oranger, et salées - paprika-origan et herbes de Provence.

Les couverts doivent être résistants et ne pas casser au transport. C’est un vrai défi technique. Comment avez-vous élaboré le procédé de fabrication ?

Effectivement, c’est un véritable projet technologique. Réaliser un biscuit, c’est facile, mais réaliser un biscuit qui résiste au transport, à l’eau chaude ou aux plats en sauce, c’est plus compliqué. La banque publique d’investissement a en partie financé la recherche et développement, qui a duré un an et demi. J’ai également fait appel à des personnes compétentes en agroalimentaire. Nous avons dû réaliser de nombreux prototypes avant de parvenir à un résultat satisfaisant. Cela n’a pas été facile car nos besoins étaient en dehors du cahier des charges habituel et il n’y avait pas d’historique : aucune société n’avait encore travaillé dans ce sens-là.

Quels sont les atouts de ces couverts comestibles ?

Ces couverts ont trois grands atouts. Il s’agit d’abord d’une réelle expérience : c’est un nouvel usage ludique et joyeux de pouvoir croquer dans son couvert ! Ensuite, c’est un produit zéro déchet et réellement écologique : toutes les matières premières sont françaises et réalisées en circuit court autour de la région Ile-de-France. Enfin, c’est un atout pour communiquer sur ses convictions écologiques. Il s’agit d’un engagement visible qui permet à la fois aux entreprises et aux particuliers de prendre la parole sur l’environnement.

Qui sont vos clients aujourd’hui ? Combien de couverts produisez-vous ?

Nous avons une centaine de clients, très différents : des traiteurs, des grandes entreprises, des restaurants, mais aussi la restauration collective et des particuliers qui peuvent commander nos couverts comestibles pour des événements familiaux ou des cadeaux. Nous avons produit 60 000 couverts au mois de novembre mais ce nombre est en progression constante.

Avez-vous rencontré des obstacles au cours de votre projet ?

D’abord, j’ai rencontré de nombreux obstacles techniques. Créer une machine spéciale et réaliser 10 versions du produit est très onéreux et peut être décourageant. Ensuite, sur la partie commerciale, transformer l’engouement en engagement peut prendre du temps. Comme tout produit nouveau, cela demande de la force de persuasion et de la patience. Le changement et la nouveauté impliquent des adaptations. Et il faut convaincre que cela peut être bénéfique.

Si vous deviez transmettre les clés du succès à de jeunes entrepreneurs, que leur diriez-vous ?

L’entreprenariat n’est pas un sprint, mais un marathon. Il faut être endurant et résilient. Souvent, on voit ça comme une fusée qui décolle très vite, mais en réalité le temps de démarrage demande énormément de temps. Je conseille aux jeunes entrepreneurs de commencer à travailler et à mûrir leurs projets tout en étant salarié. Et surtout d’oser ! Car si cela ne fonctionne pas, cela restera une bonne expérience.

Dans votre vie de tous les jours, que faites-vous pour réduire votre empreinte environnementale ?

Je suis devenue végétarienne il y a un peu plus d’un an. Je me déplace en vélo et j’évite de prendre l’avion. J’essaye au maximum d’appliquer le zéro déchet et je privilégie les achats d’occasion.

Etes-vous plutôt optimiste ou pessimiste pour l’avenir ?

Le but de mon projet est de montrer qu’on peut être écolo-joyeux. C’est de cette manière que l’on arrivera à convaincre et à rassembler autour de l’écologie. Je vois donc l’avenir de manière positive car je pense que nous avons les moyens de réinventer nos modes de consommation.

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