Face à l’explosion démographique, l’un des grands défis de notre époque est de doubler la production alimentaire d’ici à 2050 – pour nourrir plus de 9 milliards d’êtres humains – sans épuiser les ressources de la planète.

 

Des aliments produits dans le respect de l’environnement, sains et savoureux : les défis que pose notre alimentation future à l’industrie agroalimentaire sont nombreux. À son côté, de plus en plus de start-up se lancent sur le marché. Avec près de 80 % des terres arables mondiales déjà exploitées, la question du renouvellement de l’agriculture est au cœur de cette mutation.

L’agriculture cellulaire
L’élevage intensif animal, énergivore et polluant, pourrait être remplacé par une agriculture encore balbutiante, souvent appelée « cellulaire ». La biologie moléculaire tente aujourd’hui de faire « pousser » des produits animaliers, sur le modèle de la médecine régénératrice, qui cultive des cellules pour créer de la peau. Objectif : fabriquer des steaks sans bœuf, du lait sans vache, des œufs sans poule. Un premier steak synthétique a ainsi été réalisé in vitro, à partir de cellules souches de vache, dans le cadre d’un projet mené par l’université de Maastricht, soutenu par Google.

La vraie fausse viande
Autre substitut, la « viande » à base de végétaux. Des startup ont réussi à développer des burgers 100 % végétariens ayant l’aspect d’un steak haché saignant. D’autres vendent des préparations dont la texture et le goût rappellent le blanc de poulet. En mars 2013, le milliardaire Bill Gates n’avait pas pu faire la différence lors d’un test : « Ce que j’ai expérimenté était plus qu’un substitut de viande réussi. Ça avait le goût de la nourriture de demain », avait-il alors déclaré.

La galette d’algues
D’ores et déjà, 145 espèces d’algues sont utilisées dans le monde comme denrées alimentaires. Parmi elles, la spiruline ou « algue bleue », riche en protéines et en fer. Dans certains pays du Sahel, comme au Tchad, elle est transformée en galettes. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) voit dans leur commercialisation en Occident une source de bénéfices pour ces pays pauvres.

L’insecte roi
Autre piste, l’entomophagie, en d’autres termes la consommation d’insectes. Près de 80 % de la population mondiale en consomme déjà traditionnellement, et la FAO considère que c’est la protéine qui pourrait le mieux répondre aux défis environnementaux et de malnutrition. Une nouvelle génération d’agriculteurs, d’experts du développement durable et de chefs audacieux s’y aventurent. Demain, les producteurs diversifieront la fabrication de produits à base d’insectes – pour l’instant souvent cantonnés aux grillons –, le principal défi étant de transformer l’image de ces nouvelles mixtures, encore peu engageantes pour les Occidentaux.

La ferme en ville
L’agriculture urbaine s’est déjà diffusée sous diverses formes. Le Japon est familier des fermes-containers : Fujitsu, Panasonic et Toshiba ont reconverti leurs usines de composants informatiques en fermes d’intérieur, empruntant plus aux pratiques des laboratoires qu’à celles des fermes traditionnelles. La France n’est pas en reste, avec notamment le projet pilote de ferme urbaine lyonnaise (FUL), un système de culture verticale hors sol sous climat artificiel auquel Cesbron, filiale de Dalkia, est associé.

Aux États-Unis et en Europe, on commence à occuper l’espace libre sur les toits pour y installer des serres ou des potagers, répondant ainsi à la demande de produits frais et locaux. Enfin, la pratique demeure marginale, mais les consommateurs ont désormais la possibilité de cultiver fruits et légumes chez eux, grâce aux designers qui inventent des installations malignes pour rendre l’agriculture accessible à domicile.

Imprimer sa pizza
Plus compliquée, l’impression 3D pourrait également venir au secours de l’alimentation future. Il y a deux ans, la Nasa a accordé une enveloppe de 125 000 $ à l’un de ses ingénieurs pour créer une imprimante capable de fabriquer de la nourriture dans l’espace, à partir de poudres alimentaires. Aujourd’hui, elle peut imprimer une pizza couvrant les besoins journaliers d’un astronaute. Cette machine pourrait servir à plus grande échelle à pallier les pénuries en proposant des préparations à haute valeur énergétique ou à partir de denrées non périssables.

Data food
Nous allons assister à l’invasion des nouvelles technologies jusque dans nos assiettes, via le big data et l’Internet des objets (IoT, Internet of Things, en anglais, soit les échanges de données provenant d’objets du monde physique vers le réseau Internet), avec le but affiché de réconcilier alimentation et santé. L’intégration d’algorithmes dans la vaisselle de table, les ustensiles de cuisine ou les accessoires, comme par exemple un détecteur de gluten, apportera une personnalisation toujours plus fine et la possibilité de contrôler ses habitudes alimentaires.
 

Pour en savoir + :
Décryptage dans Energies le Mag n°6
 

A retenir

- Il faudra doubler la production alimentaire d’ici à 2050
- 80 % des terres arables mondiales sont déjà exploitées
- 80 % de la population mondiale consomme déjà des insectes
- On sait imprimer une pizza capable de couvrir les besoins journaliers d’un astronaute

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