« Quand vous êtes poursuivi par un lion, vous courez plus vite »

Académicien, auteur de nombreux romans et essais, Erik Orsenna livre pour Dalkia sa vision des enjeux climatiques.

Nous sommes face à des défis gigantesques en matière d’environnement. Vous dites y voir plus d’opportunités que de motifs d’inquiétude. Pourquoi ?
Erik Orsenna : Depuis quelques années, la prise de conscience progresse. De plus en plus rares sont les cyniques, les adeptes « d’après moi le déluge » et les climato-sceptiques. Il reste à franchir une étape cruciale : croire à ce que l’on sait et en tirer les conséquences. À l’évidence, nous devons changer notre mode de développement. Ceux qui les premiers mettront en œuvre ce changement en seront les grands bénéficiaires, car ils seront les agents de cette métamorphose obligée. La Chine, par exemple, réalise que la pollution de ses industries en Mandchourie devient invivable. Contrainte et forcée, elle invente de nouvelles usines et vend au monde les solutions qu’elle a trouvées. L’opportunité naît de la contrainte. Quand vous êtes poursuivi par un lion, vous courez plus vite.

Vos déplacements partout dans le monde ont été l’occasion de dresser un inventaire de bonnes pratiques. Quel est, selon vous, le modèle de la ville durable du futur ?
E.O. : Les voyages m’ont d’abord appris à ne plus du tout croire aux idées générales. Ainsi faut-il traiter bassin par bassin les questions de l’eau. De même, le plus fascinant dans les progrès actuels en matière d’énergie, c’est la fin de la centralisation et du gigantisme. Au revoir les solutions semblables qu’on habite Dunkerque ou Nice. Les nouvelles techniques, dont le numérique, rendent possible la liberté. Cette révolution me fait aimer notre époque.
Tous les maires que je rencontre veulent choisir leur cocktail énergétique. Ils ont mille fois raison ! Et c’est exactement le genre de service que Dalkia peut offrir. L’énergie n’est pas seulement la force qui allume les lampes et anime les moteurs. C’est la dynamique qui nous réveille, nous humains, et nous pousse à nous dépasser. Le règne absolu des États s’achève. Leur rôle demeure capital – on voit les barbaries à l’œuvre quand l’État disparaît. Mais j’assiste, passionné, à la montée des métropoles. Passionné en même temps qu’angoissé. Que vont devenir les zones rurales ou semi-rurales ? La France n’est pas une somme de 14 ou 16 Singapour !

On parle beaucoup aujourd’hui d’économie circulaire. Que signifie ce concept selon vous ?
E.O. : Je suis un disciple absolu de Lavoisier. Et d’abord en tant que romancier. Comme tous les artistes, je puise dans ma vie pour tenter d’en faire une œuvre. D’un chagrin d’amour, je tire une belle histoire. Pareil dans l’industrie. Pour Suez, je suis en train de mener une enquête qui me passionne*. Je ne cesse de visiter des sites où l’on recycle. Des matelas, des voitures, des avions, des produits dangereux. Partout on change les déchets en ressources. Activité difficile aujourd’hui où les matières premières (dont les énergies fossiles) ne valent pas cher et où aucun prix n’est donné au CO2. Mais activité d’avenir. Plus j’avance en âge et plus je me dis qu’il faut imiter la vie. Qu’est-ce que la vie ? Une start-up de 4,5 milliards d’années. Qui dit mieux ? Et qu’est-ce que la vie ? Un cercle. Entrons dans la ronde.
*Erik Orsenna est depuis 2012 le porte-parole du Conseil de stratégie urbaine, incubateur d’idées lancé par GDF-Suez.

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