Lucie Basch : « Les consommateurs s’interrogent sur l’impact de leur manière de consommer »

Lucie Basch est la fondatrice de Too Good To Go, une application qui lutte contre le gaspillage alimentaire. Elle a également publié un livre blanc « Les dates de péremption, une idée dépassée ». Pour télécharger l’appli et en savoir plus : https://toogoodtogo.fr

Vous êtes la fondatrice de Too Good to Go, une appli qui lutte contre le gaspillage alimentaire. Ca consiste en quoi exactement ?

Un tiers de la nourriture produite dans le monde est gaspillée. C’est à partir de ce constat qu’est née Too Good To Go, une application permettant à chacun de lutter contre le gaspillage alimentaire, à son échelle.

Concrètement, Too Good To Go met en relation commerçants de bouche et utilisateurs afin que ces derniers récupèrent en fin de journée les invendus des commerces alentour, et les sauvent de la poubelle. C’est une solution gagnant-gagnant : les commerçants peuvent ainsi revaloriser des produits qui auraient été jetés et les utilisateurs peuvent se régaler à petit prix en soutenant les commerces de proximité.

Et tous ensemble, nous luttons contre le gaspillage alimentaire !

Comment a germé cette idée ?

J’ai démarré ma carrière dans l’agro-alimentaire au Royaume-Uni, et j’ai pris conscience de l’ampleur du gaspillage alimentaire. J’ai donc démissionné au bout de 18 mois pour mettre mon énergie au service d’une vraie cause. J’ai réfléchi au concept de l’application et rejoint des Scandinaves qui voulaient lancer un concept similaire. C’est ainsi que le concept de Too Good To Go est né début 2016.

Quels en sont les avantages ? Les commerçants inscrits pour ne pas jeter leurs invendus sont-ils aussi nombreux que les particuliers qui utilisent l'appli ?

Plus de 4 millions de Français ont un compte sur Too Good To Go et nous comptons aujourd’hui 8 000 commerçants partenaires, aux profils variés : commerces de proximité, restaurants de quartier, chaînes (Thierry Marx, Exki) ou encore supermarchés (Carrefour, Biocoop)... Nous avons déjà sauvé 5 millions de repas !

C'est un beau succès ! Comment l'expliquez-vous ?

Il y a une vraie prise de conscience des Français, et des autres, sur l’état gravissime de notre planète et sur le gaspillage alimentaire. Les gens veulent passer à l’action, il suffit de regarder les marches pour le climat qui mobilisent des centaines de milliers de personnes. Le gaspillage alimentaire est une aberration choquante, les Français ne l’acceptent plus.

Avec Too Good To Go, les utilisateurs font vraiment un geste pour la planète, et notre objectif est d’éduquer et de sensibiliser nos utilisateurs, à travers l’appli, notre blog, les réseaux sociaux. Nous voulons leur donner des clés pour s’engager et aller plus loin dans une démarche durable et éco-responsable, tout en gardant un ton inspirant. Nous sommes dans un dialogue permanent avec nos utilisateurs et nos partenaires et c’est vraiment de cette manière que nous pouvons faire bouger les choses.

En quoi consiste votre job aujourd'hui ? Quels sont les équipes qui vous entourent ?

Alors que nous avons commencé l’aventure avec une poignée de bénévoles en juin 2016, j’ai la chance d’être entourée aujourd'hui de 50 « waste warriors » talentueux et passionnés. Jeunes, motivés et motivants, ils gèrent les opérations au quotidien : ventes, relations avec les partenaires, service clients, marketing.... Car j’ai plusieurs casquettes : je dirige toujours Too Good To Go en France, mais je suis également en charge des opérations commerciales au niveau européen et je supervise le lancement dans les nouveaux pays.

Vous avez publié un livre blanc : « Les dates de péremptions une idée dépassée ? ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Mal comprises et peu lisibles, les dates de péremption sont aujourd’hui responsables de 20 % du gaspillage alimentaire chez les consommateurs. Très peu font d’ailleurs la différence entre la date limite de consommation (DLC) qui est un indicateur sanitaire, et la date de durabilité minimale (DDM), qui est un indicateur de qualité.

Dans le livre blanc que nous avons publié, nous proposons des pistes d’actions concrètes aux pouvoirs publics, aux industriels, aux distributeurs et aux consommateurs. En modifiant la sémantique des DDM, on fait prendre conscience que le produit est encore tout à fait consommable et on invite le consommateur à observer, sentir, goûter le produit plutôt que le jeter automatiquement. Il faut acquérir de nouveaux automatismes, et réapprendre à faire confiance à nos sens ! Plusieurs enseignes ont d’ailleurs décidé de nous suivre et vont modifier dans les mois prochains la mention de leurs DDM sur leur packaging !

L’objectif 2025 des pouvoirs publics est de réduire de 50 % le gaspillage sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. Pensez-vous que cela soit possible ?

C’est un objectif ambitieux mais il y a urgence et on voit que les différentes parties prenantes sont prêtes à passer à l’action. Nous sommes en tout cas décidés à être un puissant contributeur dans la poursuite de ce but et le développement du mouvement Too Good To Go prouve que nous sommes sur la bonne voie.

Too Good To Go est utilisé partout en Europe et a une vocation mondiale. Avez-vous remarqué de "bonnes idées" déjà mises en place ailleurs qu'en France pour combattre le gaspillage ?

Plusieurs pays comme la Norvège ont modifié les dates de péremption pour les rendre ultra-lisibles et cela a permis de réduire le gaspillage alimentaire. Plus globalement, les initiatives foisonnent et c’est une excellente chose ! Je trouve génial par exemple le développement partout en Europe de frigos solidaires, qui permettent de proposer gratuitement et à tout le monde des produits arrivant à date d’expiration. C’est aussi avec ce genre d’idées qu’on sensibilise le plus grand nombre.

Lutter contre le gaspillage alimentaire répond bien sûr à un enjeu environnemental, quand on pense à l'énergie nécessaire pour produire, conserver, emballer, transporter... Comment faire pour éviter que nos poubelles se remplissent trop vite ?

J’aime beaucoup cette citation de l’essayiste Michael Pollan qui développe le concept de vote à la fourchette : “chaque jour, on peut voter trois fois pour changer le système alimentaire”.

Le consommateur a le pouvoir : on choisit ce qu’on consomme, avec de nouveaux impératifs de durabilité et d’autosuffisance. C’est de cela qu’on parle chez Too Good To Go. Les consommateurs sont toujours plus nombreux à vouloir reprendre le contrôle de leur alimentation et à s’interroger sur l’impact de leur manière de consommer et c’est une bonne chose ! Parce que l’offre est permanente, nous oublions le chemin parcouru par une banane et son coût énergétique ! Il faut repenser son alimentation et revenir au bon sens de nos grands-parents qui consommaient local.

Et dans votre vie de tous les jours, quel sont vos gestes zéro déchet ?

J’essaie de limiter mon impact écologique. Je suis zéro déchet au maximum, j’achète en vrac, je mange des produits de saison, je porte des vêtements de seconde main… Je réfléchis toujours avant d’agir avec la méthode BISOU pour éviter les achats compulsifs (besoin, immédiatement, semblable, origine, utile).

Etes-vous optimiste pour l'avenir de la planète ?

L’espoir fait vivre et c’est un vrai moteur ! On n’a plus le temps de se lamenter, il faut agir maintenant et réunir toutes nos forces pour sauver notre planète.

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