L’Océan, poumon bleu de la Terre

L’Océan, poumon bleu de la Terre

Quand on évoque le « poumon de la planète », nous pensons immédiatement à la forêt amazonienne. Et pourquoi pas à l’Océan ? En plus d’un poumon vert, notre planète dispose d’un poumon bleu. Les océans produisent la moitié de l’oxygène sur terre1 et ce n’est que l’un des nombreux services qu’ils nous rendent. Plongée à la découverte des atouts du Grand Bleu, véritable allié dans la lutte contre le réchauffement climatique

Bien qu’il semble pluriel, la communauté scientifique s’accorde pour parler d’un seul et même Océan mondial : il n’est en fin de compte qu’une immense étendue d’eau salée ininterrompue, parcourue de courants profonds, encerclant continents et archipels. Tour à tour puits de carbone et producteur d’oxygène, l’Océan est aussi un pourvoyeur d’énergies renouvelables : éoliennes en mer, thalassothermie, algocarburants… Pourtant, s’il contribue à réduire les impacts du changement climatique, il en subit inévitablement les effets. élévation de son niveau, acidification de ses eaux et augmentation des températures perturbent son fragile équilibre et par la même occasion le nôtre.

Crédit photo : Ivan Bandura

Un régulateur climatique…

La planète bleue est l’un des surnoms les plus usités de la Terre et pour cause : l’Océan représente un peu plus de 70 % de sa surface et son volume est estimé à environ 1 370 millions de kilomètres cubes2. Par sa taille et sa nature mouvante, il joue un rôle prépondérant dans la régulation et la stabilité de notre climat. En premier lieu, il réduit l’impact immédiat de la montée des températures en absorbant une partie de la chaleur émise par le rayonnement solaire. L’eau chaude de surface est portée par les courants jusqu’aux pôles, où sa densité augmente, lui permettant ainsi de plonger dans les abysses et de s’y refroidir. Sur les cinquante dernières années, l’Océan a absorbé pas moins de 93 % de la chaleur supplémentaire liée à l’augmentation de la concentration atmosphérique des gaz à effet de serre causée par l’activité humaine3. Ce processus entraîne en même temps une partie du CO2, contenu dans notre atmosphère et dissous dans les eaux de surface, dans ses profondeurs où il est alors stocké. L’Océan est ce qu’on appelle un puits de carbone : il capte et emmagasine une partie du carbone.

Mais ce n’est pas tout : l’Océan produit aussi de l’oxygène. Et cela grâce à de microscopiques organismes qui représentent près de 95 %4 de la biomasse marine, le plancton. Ce dernier se comporte comme les arbres : il capture du CO2 grâce au mécanisme de photosynthèse et en retour émet de l’oxygène. Présent en quantité dans l’Océan, le plancton produit autant d’oxygène que l’ensemble de la végétation des terres émergées5.

…et un producteur d’énergie

Dans son rapport « L’Océan et la cryosphère dans le contexte du changement climatique », le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) souligne le potentiel des énergies renouvelables liées aux océans, dans une perspective de diminution des gaz à effet de serre. Parmi les exemples cités, on retrouve les éoliennes off-shore : situées au large, elles peuvent capter des vents marins puissants et réguliers pour produire de l’électricité. Les experts du GIEC évoquent également des énergies moins connues telles que les énergies marémotrices et houlomotrices. Elles utilisent respectivement le marnage − la différence de hauteur d’eau entre la marée haute et la marée basse − dans des zones littorales, et les mouvements de la houle – l’ondulation produite par les vagues, ou les oscillations à la surface de l’eau – pour produire de l’énergie électrique.

L’Océan peut aussi générer de l’énergie thermique. La thalassothermie, par exemple, est une technologie qui utilise la chaleur ou le froid de l’eau de la mer pour chauffer ou refroidir des bâtiments, sans impact sur l’environnement (voir la rubrique Comprendre du énergies Le Mag 14).

Electricité, chaleur… et plus encore ! La possibilité de créer un algocarburant est aujourd’hui à l’étude6 : l’huile produite par certaines algues pourrait être utilisée comme carburant. L’objectif étant que ce dernier n’émette pas plus de CO2 lors de son usage que l’algue n’en a absorbé lors de sa croissance. Par rapport aux ressources utilisées dans de nombreux biocarburants (colza, betterave…), les algues cumulent de nombreux avantages. Leur production peut se faire hors-sol, sans concurrencer les cultures alimentaires, et leur rendement est beaucoup plus important. Reste encore à optimiser leur récolte, et l‘extraction de l’huile demeure toujours trop énergivore pour rendre l’algocarburant viable.

Un équilibre précaire

L’Océan, lui aussi, se réchauffe. Une augmentation de quelques degrés perturbe son fragile équilibre : avec la chaleur, ses eaux s’acidifient, rendant plus difficile le développement de la vie marine dans certaines zones. La fonte des glaces entraîne une élévation de son niveau et tout cela participe à la modification des courants de profondeur et de surface qui le traversent et jouent pour beaucoup dans la régulation de notre climat.

Le rapport du GIEC aborde plusieurs solutions pour le préserver, à commencer par le développement des aires marines protégées, qui permettent de préserver certains écosystèmes fragiles de la présence humaine et d’atténuer le réchauffement climatique. On maintient ainsi la capacité de la faune et de la flore qui s’y trouvent de produire de l’oxygène et de stocker du carbone7.

Des projets de restauration des habitats marins sont aussi envisagés. La restauration marine est définie comme « une action visant à améliorer l’état écologique ou bien à retrouver un fonctionnement écologique meilleur »8 d’un milieu spécifique qui a été détérioré. Sur les îles de la Sociétés et Australes en Polynésie française9, où les bénitiers, qui jouent un rôle écologique important, ont été épuisés de certains lagons à cause de leur exploitation, un tel projet est par exemple en cours. Pour « restaurer » cette espèce de mollusque dans son milieu, il a été réimplanté progressivement sur de petites surfaces en parallèle d’une sensibilisation de la population locale.

D’un point de vue plus global, pour préserver l’Océan et notre planète, il faut agir sur terre, en amont, en réduisant les sources de pollution et d’émission de gaz à effet de serre : tri des déchets, baisse des consommations, et bien sûr, utilisation des énergies bas carbone et renouvelables font partie des solutions. Pourquoi ne pas développer les énergies que l’Océan fournit pour mieux le préserver ?

1 Article de la Plateforme Océan et Climat intitulé « Océan, origine de la vie – Tant qu’il y aura du plancton ! », 2020.
2 Article du site Planet-Vie membre de la fédération des sites experts créés par les Écoles normales supérieures intitulé « La biodiversité dans l’Océan », mai 2016.
3 Article de la Plateforme Océan et Climat intitulé « L’Océan, réservoir de chaleur », février 2017.
4 5 Article du Monde intitulé « Le plancton, source de vie en danger », mai 2016.
6 Article du média Usbek & Rica « Les microalgues, éternelle promesse d’un carburant propre », février 2020.
7 Article de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité intitulé « Les réserves marines peuvent atténuer les effets du changement climatique et favoriser l’adaptation des écosystèmes et des populations », août 2016.
8 « Restauration du milieu marin méditerranée – État des travaux en cours et perspectives » par l’Agence de l’eau, juillet 2014.
9 Etude intitulée « La gestion et la restauration des milieux marins » par l’Office français de la biodiversité.

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