Le biomimétisme : la nature au cœur de l’innovation

Chercher l’inspiration dans la nature n’est pas une idée neuve. Mais aujourd’hui, délaissant quelque peu l’objectif commercial, on l’imite avec une ambition plus vertueuse : innover durablement. Photosynthèse artificielle, séquestration du carbone, chimie verte, écomatériaux... Les domaines d’application sont nombreux et les sources d’inspiration infinies. Bienvenue au cœur du biomimétisme.

Crédit photo : Nathaniel Sison

Le biomimétisme est en plein boom. Cette démarche met l’accent sur la durabilité des solutions et leur frugalité en matière de consommation d’énergies et de matériaux. Il y a fort à parier qu’elle jouera un rôle de premier plan dans la lutte contre le changement climatique. S’il reste beaucoup à faire pour que cette discipline gagne en visibilité et en popularité, les exemples de réussite sont déjà nombreux.

Observer la nature

La nature a toujours inspiré l’homme. Nombre d’innovations majeures trouvent leur origine dans le règne animal ou végétal. Une combinaison de surf ressemblant à la peau des requins, le Velcro qui épouse le principe des fleurs de bardane qui s’accrochent facilement aux vêtements, des trains à haute vitesse au Japon dont le fuselage reproduit les propriétés du bec du martin-pêcheur,etc. Pendant de nombreuses années, le biomimétisme a servi d’argument de vente efficace et permis le développement commercial d’un produit, présenté comme plus pratique et plus innovant. Mais cette acceptation est aujourd’hui remise en question. Pourquoi ne pas aller au bout de la démarche en cherchant également à préserver l’environnement ? Et plutôt que produire plus en s’inspirant de la nature, produire mieux, avec des matériaux et des procédés plus respectueux et durables ?

Un atout dans la lutte contre le réchauffement climatique

La définition de biomimétisme embarque aujourd’hui des concepts issus du développement durable, qui vont à l’encontre du principe de l’obsolescence programmée. « Le biomimétisme consiste à s’inspirer des formes, des fonctions, des systèmes que l’on trouve dans la nature afin de développer des innovations soutenables d’un point de vue écologique », c’est la définition qu’en donne Olivier Allard, docteur en physique de l’université d’Hanovre et de Paris-Sud, dans l’avis du Conseil économique, social et environnemental intitulé Le Biomimétisme : s’inspirer de la nature pour innover durablement.

Des innovations mettant en application cette définition existent déjà, qui s’inspirent des formes, des matériaux ou encore des écosystèmes présents dans la nature, tout en la préservant.

C’est le cas, par exemple, de certaines pales d’éoliennes qui imitent les nageoires des baleines à bosse1. Grâce à leur turbine biomimétique, les parcs éoliens qui en sont équipés peuvent produire jusqu’à 20 % d’énergie supplémentaire par vent plus faible. Elles sont à la fois plus puissantes, plus économes et plus silencieuses. En observant des insectes invasifs, une start-up a développé des phéromones permettant de les éloigner des cultures agricoles. L’avantage par rapport aux pesticides ? Les insectes ne sont pas tués, seulement repoussés, et les sols sont préservés des agents chimiques.

Des perspectives de plus grande ampleur

Le biomimétisme ne se limite pas à des innovations hétéroclites, il permet aussi, en combinant plusieurs solutions, de développer des projets à grande échelle et offre de nouvelles voies pour penser la smart city en matière de transport, d’habitation, de bureau…

Quand il s’agit de concevoir la ville de demain, le secteur du bâtiment bénéficie particulièrement des apports du biomimétisme. Il existe aujourd’hui des immeubles à énergie positive qui produisent plus d’énergie qu’ils n’en consomment. Combinant énergies renouvelables et de récupération, ils s’appuient sur des innovations biomimétiques : façades végétales pour maintenir de la fraîcheur en été, peinture autochauffante, matériaux bioluminescents2, etc. On parle aussi de plus en plus régulièrement d’écoconception, plutôt que de simple conception. De nombreuses entreprises du BTP s’efforcent de réduire leur consommation de ressources, les déchets qu’ils produisent ou encore les gaz à effet de serre émis lors de la construction de bâtiment : un projet de sous-couche de moquette pour les immeubles de bureau devrait ainsi permettre de stocker plus de carbone qu’elle n’en rejette pendant son cycle de vie.

Au-delà des avantages écologiques, le biomimétisme pourrait ouvrir de nouvelles perspectives économiques. Amené à se développer plus largement, il pourrait impacter les modes de production et de distribution, les process industriels, etc. Pour s’y conformer, de nouveaux métiers, de nouvelles compétences et spécialités vont nécessairement émerger. En plus d’être un formidable régénérateur environnemental, il pourrait ainsi se révéler être un pourvoyeur d’emplois permettant d’endiguer la disparition de ceux liés à la robotisation, estimée à 14 % à l’horizon 20403.


(1) Article des Echos.fr intitulé « Biomimétisme : les pales d’éoliennes imitent les nageoires des baleines à bosse ».
(2) Capacité de certains être vivants à produire de la lumière naturellement.
(3) Article du Monde.fr intitulé «La robotisation devrait faire disparaître 14 % des emplois d’ici à vingt ans, selon l’OCDE».

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