Laurence Tubiana : «L’Accord de Paris est un cercle vertueux qui doit créer le déclic»

Ambassadrice française pour le climat, Laurence Tubiana a incarné la présidence de la COP21 au côté du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius. Elle revient sur l’accord conclu en décembre et les prochains grands rendez-vous, à commencer par la COP22 de Marrakech.

Vous avez été nommée par le gouvernement français « championne pour le climat ». En quoi consiste votre rôle ?

Laurence Tubiana : Le mandat de championne de haut niveau pour l’action pré-2020 a été créé par la COP21. Le principe est simple : pour placer les économies sur une trajectoire compatible avec les grands objectifs de Paris, il est impératif d’agir dès maintenant. Ce mandat vise donc à doter les présidences de COP d’une personnalité dédiée à la mobilisation de tous les acteurs pour l’action climatique immédiate. Assurer un lien entre les discussions formelles des gouvernements et la société civile sera très important.

C’est une charge que j’assume en lien étroit avec la championne marocaine, Hakima El Haité, ministre de l’Environnement. Nous avons présenté notre feuille de route en mai, lors de la dernière session de négociation à Bonn.

Cent soixante-dix-sept pays ont signé l’Accord de Paris à ce jour. Quelles seront les grandes étapes de sa mise en œuvre d’ici à 2020 ?

L.T. : L’accord entrera en vigueur quand 55 pays, représentant au moins 55 % des émissions de gaz à effet de serre globales, l’auront formellement ratifié. Cette étape prendra quelques années, car tous les pays ont des procédures différentes. La date fixée est 2020, mais nous avons bon espoir que cela arrive rapidement. En parallèle, les discussions se poursuivent pour élaborer collectivement les différentes décisions d’application, l’idée étant que les règles du jeu soient écrites avant que la partie commence ! Enfin, tous les acteurs devront progressivement intégrer les objectifs fixés : de nouvelles lois seront votées, de nouvelles administrations créées, les plans d’investissement mis à jour pour amorcer la lutte contre le réchauffement climatique.

L’objectif de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C d’ici la fin du siècle figure dans l’Accord de Paris. Or, il est inatteignable dans l’état actuel des techniques. N’est-ce pas hypocrite voire contre-productif ?

L.T. : La mention d’un objectif 1,5 °C était très importante, notamment pour les États insulaires, particulièrement vulnérables. C’est ambitieux, mais la force de l’Accord de Paris est justement de permettre l’émergence d’avancées techniques. Il ne se contente pas d’accompagner le changement, il en devient l’un des moteurs. Tous les cinq ans, les pays pourront réévaluer à la hausse leurs engagements à la lumière des avancées techniques. C’est un cercle vertueux qui doit créer le déclic. À mesure que diminue l’incertitude sur les orientations stratégiques de chacun des acteurs, le risque devient moindre pour ceux qui entreprennent des engagements ambitieux. C’est sur cet encouragement collectif à l’action que repose cet accord.

Lire l'intégralité de l'interview dans Energies le mag n°4

Nos articles les plus lus