Jean-Bernard Lévy : "Réinventer le marché de l'énergie"

Décentralisation de la production d’électricité, montée en puissance des énergies renouvelables, numérisation : le modèle des énergéticiens est en profonde mutation. Jean-Bernard Lévy, P-DG du groupe EDF, expose les principaux défis à relever.

Comment EDF envisage-t-il de faire face à la révolution qui s’opère dans le secteur énergétique, quels sont les enjeux pour le groupe ?

Jean-Bernard Lévy : L’avenir sera évidemment électrique, et aussi plus numérique et plus partenarial ; la production énergétique sera de plus en plus décentralisée et intermittente. Notre objectif est d’anticiper cette évolution. Notre stratégie, illustrée par les partenariats tissés avec les villes et les collectivités, vise à compléter le modèle centralisé par du local.
Nous devons nous montrer plus créatifs en matière de raccordement au réseau de distribution d’électricité, de maîtrise de l’équilibre production-consommation. Au-delà des réseaux, le changement concernera la structure de la production conventionnelle, pour disposer de capacités de pointe compensant les périodes déficitaires en soleil et en vent.

Quelle est la place des services énergétiques, et donc de Dalkia, dans la stratégie d’EDF ?

J-B.L: Le groupe EDF est l’un des rares acteurs engagés à la fois dans la fourniture d’énergie, les services énergétiques et les objets connectés. La maîtrise par Dalkia et ses filiales de l’ensemble des compétences dans les services nous permet d’être un acteur intégré de la ville durable, le partenaire de l’efficacité énergétique des industriels et des entreprises.
Avec Tiru, Cesbron, Dalkia Biogaz, Optimal Solutions, Techsim, grâce à une gamme d’offres continuellement enrichie pour répondre aux enjeux de la transition énergétique, Dalkia contribue à positionner le groupe comme un acteur de référence pour les clients, sur les territoires, tant en matière de valorisation des ressources locales que d’économies d’énergie. 

Smart building, smart city, smart économie : on a l’impression que ce qui n’est pas smart est has been. Quelles innovations vous semblent inéluctables, et à quelle échéance ?

J-B.L : Il s’agit d’une mutation technologique rapide de notre économie, qui implique une profonde transformation du modèle des énergéticiens. Ce qui va structurer le secteur ces prochaines années, c’est la décentralisation de la production électrique et la montée en puissance des énergies renouvelables (ENR), qui vont de pair avec la digitalisation des activités.
Cela conduit à allier réseaux électriques et réseaux informatiques et télécoms, pour développer des technologies de smart grids ; à innover dans le traitement des données collectées pour moduler la demande d’énergie ; à intégrer des solutions de gestion énergétique dans le bâtiment ; à déployer de nouvelles infrastructures de transport. Enfin, dans le domaine du stockage de l’électricité, une rupture technologique est attendue pour accélérer ce mouvement.

Craignez-vous l’apparition des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) dans le monde de la production et des services énergétiques ?

J-B.L : 
Certains voient l’augmentation des ressources énergétiques distribuées comme l’opportunité de réinventer le marché de l’énergie. Avec l’explosion du solaire résidentiel, les consom’acteurs s’approprient les outils de production ou de gestion de l’électricité, phénomène qui s’accompagnera de l’adoption massive de technologies connectées. Les géants du web ont investi dans les technologies des ENR depuis dix ans, que ce soit pour réduire leurs dépenses ou leur empreinte carbone. Les GAFA cherchent à réunir les conditions pour entrer pleinement dans la vente d’énergie.
Il y a certes plusieurs difficultés liées à l’accès au réseau, à la régulation des tarifs et aux règles du jeu du marché de l’électricité, ainsi qu’à la compatibilité entre l’obligation de service envers tous les usagers et la segmentation de clientèle que pourrait entraîner l’intervention de ces nouveaux entrants. Pour nous énergéticiens, c’est l’occasion d’être davantage encore tournés vers le numérique et de valoriser au mieux nos atouts dans le domaine des datas et de la production.

Retrouvez l'interview complète dans Energies le Mag n°6

Jean-Bernard Lévy en 5 dates

1979 : Polytechnicien, il débute sa carrière comme ingénieur chez France Télécom
1993 : Directeur de cabinet de Gérard Longuet, ministre de l’Industrie
2002 : Directeur général de Vivendi
2012 : P-DG de Thales
2014 : P-DG du groupe EDF

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