Imaginer l'alimentation de demain

Votre transition

Le rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) de 2019 alerte quant aux impacts de notre alimentation sur le changement climatique. Le système alimentaire représente un tiers de nos émissions de gaz à effet de serre alors qu’environ 25 % de la nourriture produite est gâchée1. En miroir, le changement climatique a des répercussions sur notre système alimentaire : phénomène de désertification des terres cultivables, canicules, montées des eaux… Ce double défi nous pousse à innover pour produire mieux en polluant moins. Quelles sont aujourd’hui les pistes pour assurer à tous un futur alimentaire soutenable ? De quoi sera réellement faite notre alimentation de demain ?

Végétarien, végétalien, vegan, crudivore… Les nouveaux régimes alimentaires se multiplient tout comme le nombre de Français y souscrivant. Ainsi, près d’un tiers de nos compatriotes se déclarent flexitariens2: ils limitent leur consommation de viande sans être exclusivement végétariens. Derrière ces appellations et ces chiffres se cache une double motivation pour les Français : limiter la souffrance animale et réduire l’impact environnemental de notre alimentation. On estime aujourd’hui que l’adoption massive d’un régime végétarien permettrait de réduire de deux tiers les émissions de GES liées à l’alimentation3.

Crédit photo : Isaac N.C.

Une prise de conscience collective

Ce changement sociétal se traduit aussi par de nouvelles prises de position des consommateurs, aussi bien concernant leurs exigences éthiques que le sourcing des produits. Les applications de notation issues du secteur industriel fleurissent : Yuka, Open Food Facts, BuyOrNot… Elles permettent de connaître la valeur nutritionnelle des aliments, leurs éventuels allergènes, mais aussi d’évaluer le respect du bien-être animal et humain ainsi que l’impact environnemental des processus de fabrication. De même, les initiatives « zéro déchet » connaissent un engouement grandissant. L’application Too Good To Go en est un exemple concret : elle permet aux commerçants de proposer à l’achat leurs invendus de la journée à bas coût sous forme de panier surprise. Elle recense 7,8 millions4 d’utilisateurs en France.

Les décideurs français ont pris la mesure de ces changements. Le 30 janvier 2020, le Parlement a définitivement adopté le projet de loi contre le gaspillage qui intègre dans ses nombreuses mesures la fin des emballages à usage unique, et favorise la vente en vrac. La loi contre le gaspillage alimentaire promulguée en 2016 impose quant à elle un certain nombre d’obligations aux distributeurs pour éviter la destruction de denrées alimentaires. Une première mondiale5 .

Mieux produire pour préserver l’environnement

En 2018, le secteur agricole représentait 19 % des émissions de gaz à effet de serre en France6. Il existe aujourd’hui des solutions pour produire mieux en émettant moins, auxquelles les agriculteurs adhèrent de plus en plus. L’agriculture biologique, par exemple, exclut l’usage des produits chimiques de synthèse et limite l’emploi d’intrants. Le secteur bio représente en 2018 près de 14 % de l’emploi agricole, un chiffre qui croît en moyenne tous les ans de 10 % depuis 20127. Moins populaire mais plus exigeante, l’agroécologie connaît aussi un bel essor8. Elle met en relation la science de l’agriculture (l’agronomie) et l’écologie. Elle vise à prendre en considération les écosystèmes dans la production, et à utiliser à son avantage la nature pour optimiser les récoltes : interactions entre les organismes naturels, le cycle de l’eau ou de l’azote…

Le transport pèse lourd dans les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole. Pour réduire son impact, il faut donc penser local. La crise de la Covid-19 a mis en exergue l’importance du made in France : 78 % des Français se disent favorables à une consommation de produits 100 % locaux9. Les réseaux de distribution en circuit court permettent de répondre à cette exigence, en mettant en contact agriculteurs et producteurs locaux avec des consommateurs à proximité. Parmi les plus connus, on trouve La Ruche qui dit oui, les Locavores ou encore les AMAP (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne).

L’innovation au service de l’alimentation pour tous

Si l’on est encore loin d’une population française 100 % végétarienne, la recherche avance sur les substituts à l’élevage animal. Plusieurs start-up se sont ainsi lancées dans la production de viande cultivée ou viande de laboratoire. à partir de cellules souches animales, il est en effet possible de créer un steak de synthèse. Le premier a été dégusté en 2013 à Londres10 mais sa commercialisation n’est pas pour tout de suite. Les coûts de production sont encore trop élevés tout comme les émissions de CO2 qu’elle génère.

Les farines d’insectes sont également une alternative aux protéines animales : moins polluantes et nutritives, elles attendent encore l’autorisation de la Commission européenne pour être commercialisées à grande échelle.

La « smart food » nous fait plonger encore un peu plus loin dans la fiction. Sa promesse ? Réunir au sein d’une boisson tous les nutriments nécessaires pour un repas. L’objectif n’est pas de se substituer totalement à un repas traditionnel, mais de proposer une alternative ponctuelle.

On peut aussi imaginer que l’innovation résidera dans l’optimisation de la culture d’aliments qui existent depuis des millénaires, aux qualités nutritives exceptionnelles et modes de production peu énergivores. C’est ainsi le cas des algues, qui génèrent de l’oxygène, des champignons qui peuvent être cultivés dans des lieux inutilisés ou encore des légumineuses qui permettent de fixer l’azote dans les sols et ainsi d'améliorer la croissance des autres plantes. C’est ce que propose le WWF dans un rapport intitulé : « Future 50 foods for healthier people and a healthier planet » – 50 aliments du futur : pour une population plus saine et une planète plus saine.

1 « La synthèse du rapport du GIEC sur les terres émergées » par Citoyens pour le climat, septembre 2019.
2 Article du Figaro intitulé « Hausse du marché végétarien et végan en France », janvier 2019.
3 Article de CNews intitulé « La consommation de viande, première cause du réchauffement climatique », juillet 2020.
4 Site Internet de Too Good To Go.
5 « La France pionnière de la lutte contre le gaspillage alimentaire » par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, septembre 2020.
6 « Émissions de gaz à effet de serre : l'agriculture française respecte les objectifs de la Stratégie nationale bas-carbone » par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, juin 2019.
7 « Agriculture biologique française : un ancrage dans les territoires et une croissance soutenue » par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, février 2020.
8 Articles des échos intitulé « L'agroécologie veut étendre ses champs d'exploitation », février 2020.
9 « Baromètre Max Havelaar de la transition alimentaire » par OpinionWay, novembre 2020.
10 Article du Monde intitulé « La viande de laboratoire peut-elle nourrir la planète ? », mars 2019.

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