Emmanuelle Wargon « La nécessité de changer nos comportements pour respecter les limites de la planète est désormais admise. »

Emmanuelle Wargon

Emmanuelle Wargon est ministre déléguée au Logement et était secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire sous le gouvernement d’édouard Philippe. Après la crise liée à la Covid-19, elle évoque l’importance de la dimension environnementale dans la relance économique.

Interview réalisée le 25 juin 2020
Photo : Louis Bourjac

Quelle incidence la crise sanitaire que nous venons de traverser a-t-elle sur la transition écologique et la lutte contre le réchauffement climatique ?

Cette crise est un moment de prise de conscience collective, qui met en lumière la vulnérabilité de l’homme dans son environnement. Cette crise sanitaire touche à la nature puisque, autant que nous le sachions, le virus provient d’un passage de l’animal à l’homme, qui a été favorisé par la disparition des barrières entre les espèces vivant dans leur milieu naturel et l’homme. Par ailleurs, pendant le confinement, nous avons été privés de l’accès à la nature, et cela a créé le besoin de la retrouver et la volonté de la préserver. Si, pour des raisons de santé, nous sommes capables de modifier drastiquement nos comportements, peut-être sommes-nous aussi capables d’évoluer plus progressivement pour davantage protéger la nature et limiter le réchauffement climatique. Pendant le confinement, les émissions de gaz à effet de serre ont baissé de 30% en France ! Ce chiffre spectaculaire n’est évidemment pas reproductible, mais nous pouvons tirer profit de cette période pour accélérer certains changements de comportement.

Peut-on voir notre capacité à nous adapter comme un élément positif de cette crise ?

Très certainement. Celle-ci peut être l’opportunité d’une accélération écologique car nous avons plus que jamais conscience des risques sanitaires et environnementaux directement liés à l’activité humaine.

Le gouvernement a mobilisé des moyens considérables pour relancer l’économie. De tels moyens sont-ils envisageables pour la transition écologique ?

Absolument. Le plan de relance est envisagé d’un point de vue économique, écologique et social. Cela n’a suscité aucun débat. La prise en compte de l’écologie est intégrée car notre modèle économique est en train d’évoluer. Une partie des investissements vont être dédiés à la lutte contre le réchauffement climatique et aux solutions moins émettrices de gaz à effet de serre. Nous allons par exemple inciter à l’achat de véhicules propres, à la restriction des lignes aériennes intérieures quand il existe une alternative ferroviaire inférieure à trois heures. Nous allons également favoriser l’utilisation de biocarburants et la rénovation thermique des bâtiments, sujet qui me tient particulièrement à cœur. Nous devons impérativement aller vers les énergies renouvelables et de récupération et vers un mix énergétique plus soutenable. En ce sens, des entreprises comme EDF et Dalkia ont un vrai rôle à jouer.

La lutte contre le réchauffement climatique est-elle compatible avec les déficits publics ?

Actuellement, nous ne sommes évidemment pas dans les normes habituelles du déficit public. Et à situation extraordinaire, réponse extraordinaire. Nous allons ainsi dépasser 3 % du PIB en déficit et augmenter la dette provisoirement. Mais même à des taux faibles, celle-ci devra être remboursée. Nous devons avoir une attitude responsable, notamment vis-à-vis des générations futures.

Que répondre à ceux qui disent que le monde d’après ressemblera au monde d’avant avec un peu de peinture verte ?

Je dirais plutôt que nous sommes dans un monde d’« avec ». Il va falloir vivre avec le virus et sans doute assez longtemps. Et c’est un monde d’avec car il faut rebâtir notre société tous ensemble, avec tout le monde. Je crois plus à l’accélération des tendances qui existaient déjà qu’à une véritable rupture. La prise de conscience écologique chez les décideurs, les politiques, les entreprises et les citoyens va s’accélérer. La nécessité de changer nos comportements pour respecter les limites de la planète est désormais admise.

La première Convention citoyenne pour le climat s’est achevée. Que pensez-vous des propositions qui ont été faites et seront-elles suivies d’effets ?

Les citoyens ont fait un travail très intéressant et fécond. Ils sont parvenus à concilier les différentes contraintes, entre les enjeux de transformation et l’acceptabilité de leurs propositions. Nous allons nous appuyer dessus pour construire la feuille de route des mois et des années à venir en matière d’écologie, puisqu’elles convergent avec les orientations que nous portons. Mais l’un des défis de cette convention va être de convaincre 66 millions de Français du bien-fondé de ces 146 mesures retenues, prises par des citoyens éclairés qui ont été accompagnés par des experts tout au long du processus conventionnel.

La jeunesse se mobilise fortement pour le climat et l’environnement. Pensez-vous qu’elle puisse réellement faire bouger les choses ?

J’en suis intimement convaincue. Le changement viendra des enfants, des adolescents et des jeunes. C’est pourquoi il faut beaucoup investir dans l’éducation et soutenir leurs initiatives. Les jeunes feront aussi beaucoup bouger les entreprises. Je suis frappée par leur volonté de rejoindre celles qui sont en accord avec leurs convictions et leurs valeurs, notamment écologiques. Il ne faut pas caricaturer la mobilisation de la jeunesse, ni la tourner en dérision. Ce sont les jeunes qui vont récupérer la planète après nous. Ils sont prêts à changer leurs comportements et servent d’aiguillon. Et c’est très bien ainsi !

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