Cédric Villani : "Plus on connaît de choses, plus on se pose de questions"

Portrait de Cédric Villani
Star des mathématiques, Cédric Villani a obtenu, en 2010, la médaille Fields, distinction suprême dans sa discipline. à la tête d’un institut de recherche, il est aussi président d’une association musicale, administrateur du think tank proeuropéen EuropaNova, et son engagement politique l’a mené cette année à être candidat aux élections législatives. Soutien d’Emmanuel Macron et élu député de l’Essonne, il a bien voulu répondre à nos questions.

La médaille Fields a t'elle bouleversé votre vie ?

Cédric Villani : Oui, sans conteste. Cela n’a guère changé mon statut professionnel (car on a la médaille Fields après avoir obtenu la reconnaissance universitaire, et non l’inverse) mais cela a été une révolution pour ma légitimité publique. La médaille Fields est une reconnaissance internationale, ce qui vous donne un grand poids dans le débat national. Mon activité de directeur d’institut, d’auteur, de responsable de projets, de débatteur, de président d’association... et même mon engagement politique actuel, tout cela a été rendu possible, ou grandement facilité par la médaille. Néanmoins, rien de tout cela n’est venu automatiquement, il a fallu se battre pour chaque casquette !

à vous lire, on a l’impression que les mathématiciens sont comme l’inspecteur Columbo : vous suivez des pistes, confrontez, recoupez... Quelle est la plus belle équation non encore résolue ?

Cédric Villani : Il y en a tant ! Parmi les plus célèbres on compte l’hypothèse de Riemann, le problème P=NP*, la compréhension de la turbulence... Et il y en a de plus en plus, car plus on connaît de choses, plus on se pose de questions. Donc le plus beau problème non résolu est certainement encore à formuler.

Les énergies renouvelables et la performance énergétique sont-ils, d’une manière ou d’une autre, un champ d’investigation pour les mathématiciens ?

Cédric Villani : Les énergies renouvelables et la performance énergétique sont un domaine d’application important en mathématique, en
particulier parce que ces énergies supposent l’intégration d’un nombre important de sources d’énergie. L’optimisation devient alors un problème très subtil.

Quelle serait la grande équation « écologico-mathématique » à résoudre aujourd’hui ?

Cédric Villani : Les problèmes limitants actuellement pour l’écologie sont de nature chimique, physique, biologique. Mais on trouve des problèmes mathématiques importants aussi dans cette problématique. L’optimisation est en première ligne, les problèmes posés sur réseaux et grilles aussi. Et bien sûr dans la prédiction climatique, qui fait intervenir une dose considérable de mathématique.

Les smart cities et les modèles développés pour piloter à distance, optimiser les consommations énergétiques et intégrer les énergies renouvelables sont-ils un exemple d’application de la recherche mathématique ?

Cédric Villani : À coup sûr oui, mais pour l’instant les gains énergétiques restent modestes par rapport à ce que l’on souhaiterait. Il y a là des défis importants !

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