Bruno Lechevin : « La transition énergétique doit réindustrialiser la France »

Président de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), Bruno Lechevin livre son point de vue sur la loi de transition énergétique.

La transition énergétique est-elle une réalité ou un vœu pieux ?

Bruno Lechevin : Heureusement ce n’est plus un vœu pieux mais une réalité. Et la loi accélère encore cette transition. Le constat est que le système actuel, très centralisé, a vécu. Il faut laisser aux territoires, collectivités et entreprises la capacité de repenser leur modèle énergétique et de construire leur propre mix à partir des différentes sources d’énergie, dont les renouvelables, l’énergie fatale… De ce point de vue, c’est une bonne nouvelle qu’EDF soutienne sa filiale Dalkia, spécialiste de l’efficacité énergétique et environnementale. Dalkia est un très bel outil de la transition énergétique. En tant qu’acteur central, le groupe EDF doit faire sa révolution culturelle en proposant de nouvelles solutions d’efficacité énergétique décentralisées. Il doit montrer la voie.

Comment parvenir aux objectifs définis dans la loi ?

B.L. : Pour atteindre l’objectif de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050, la loi agit sur plusieurs leviers. Il faut réduire de moitié la consommation d’énergie et, dans le même temps, développer l’utilisation des énergies renouvelables et la récupération de chaleur. Enfin, il faut mettre l’accent sur l’efficacité énergétique avec la rénovation des bâtiments. La récupération de chaleur côté entreprises, et la rénovation des bâtiments côté habitat sont deux gisements essentiels car ils représentent une grosse partie des potentiels d’économie d’énergie.

Quel est le coût de la transition énergétique ?

B.L. : La transition énergétique a un coût mais il n’est, en termes d’investissement, qu’à peine supérieur à ce que serait la non-transition. Le surcoût apparent – d’environ 5 milliards d’investissement par an – doit être considéré au regard des bénéfices induits : le coût annuel des dommages causés par l’inaction se situerait à 5,5 % du PIB mondial en 2050, selon l’OCDE. Nous assistons à la fin d’un modèle de croissance. Nous avons vécu sur un paradigme ancien : la consommation d’énergie favorise la croissance. Aujourd’hui, l’Europe doit montrer que l’on peut repenser une croissance qui intègre avant tout l’efficacité énergétique. La transition énergétique peut être utilisée comme un levier pour sortir de la crise économique. C’est un accélérateur de création d’emplois et une opportunité pour réindustrialiser la France.

Bruno Lechevin en 4 dates

  • 1988 : Secrétaire général de la Fédération gaz-électricité de la CFDT
  • 2000 : Commissaire de la Commission de régulation de l’énergie
  • 2008 : Délégué général du Médiateur national de l’énergie
  • 2013 : Président du conseil d’administration de l’Ademe

L’Ademe en bref

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie a été créée en 1991 pour accompagner la transition écologique et énergétique. Placée sous la double tutelle des ministères de l’Écologie et de l’Éducation, elle met à la disposition des entreprises, des collectivités locales et du grand public sa capacité d’expertise et de conseil. Elle aide au financement de projets dans la gestion des déchets, l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et la qualité de l’air. Son budget est de 590 millions d’euros, dont 221 pour le fonds chaleur, 181 pour le fonds déchets et 42 pour accélérer la rénovation énergétique des bâtiments.

Photos – © Stéphane Lavoué

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