Arnaud Leroy : « L’aspiration écologique des jeunes générations est extrêmement forte »

Nommé en début d’année Président de l’ Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), Arnaud Leroy a la conviction que face à l’urgence écologique la société évolue, s’adapte et se transforme. Il nous fait partager son optimisme.

Quel regard portez-vous sur vos premiers mois à la tête de l’Ademe ? Et quelles sont vos ambitions ?

Je suis très fier d’être à la tête de cette agence qui est l’un des principaux outils de pilotage de notre politique de transition écologique. Construire une société bas carbone à l’horizon 2050 est un immense défi et y participer m’enthousiasme. Je suis encore en phase d’observation, mais ma volonté est que l’Ademe soit la plus performante et la plus percutante possible, qu’elle demeure une pièce maîtresse dans l’exploration des nouvelles tendances technologiques et sociétales, avec au cœur de son action les problématiques liées à l’économie circulaire, l’énergie, la qualité de l’air et la mobilité.

 

Quel est le plan d’action de l’Ademe pour répondre aux objectifs de la loi de transition énergétique ?

Mon plan d’action repose sur deux grands axes. La baisse de la consommation d’énergie d’une part, avec un objectif de réduction d’un tiers d’ici à 2035, et d’autre part l’augmentation de la production d’énergies renouvelables, à hauteur de 70 % d’ici à 2028. Ce sont des objectifs ambitieux mais réalisables. Concernant la consommation, on oublie souvent que la chaleur représente en France près de la moitié de la consommation finale d’énergie. Jusqu’à une période récente, notamment en raison du prix peu élevé du gaz et du pétrole, la consommation d’énergie n’était pas un réel souci et nous adaptions la production à la consommation. Il faut désormais inverser cette relation. Voilà pourquoi une des missions de l’Ademe est d’inciter les Français à devenir acteurs de leur consommation.

Et concernant les énergies renouvelables ?

Dans un contexte de changement d’usages et surtout de raréfaction des ressources, l’Ademe préconise de doubler la part des énergies renouvelables dans les dix prochaines années. Aujourd’hui, de nombreuses solutions existent, matures technologiquement et compétitives économiquement. Je pense aux filières de la biomasse – première source d’énergie renouvelable en France de l’éolien –, du photovoltaïque ou de la méthanisation avec le biogaz. Avec des opérateurs comme Dalkia par exemple, nous explorons aussi de nouvelles manières de faire, comme la thalassothermie, ou encore les combustibles solides de récupération...

Voyez-vous des écueils à l’atteinte de ces objectifs ?

L’écueil principal, qui est avant tout une réalité économique, réside dans le coût des commodités. Même si le prix des énergies fossiles est en train de remonter, c’est un frein pour promouvoir certaines alternatives, la biomasse notamment. La mise en place en 2014 de la Contribution climat-énergie, qui va monter en puissance dans les prochaines années, permettra notamment de favoriser la création de réseaux de chaleur renouvelable. Concernant l’écologie et la transition énergétique, la question du temps long est majeure. Et nous sommes parfois confrontés à cet autre écueil que peut être le « stop and go » législatif. Nous appelions de nos vœux une stabilité du dispositif fiscal écologique. C’est dorénavant chose faite.

Face au changement climatique, comment concilier responsabilité collective et responsabilité individuelle ?

L’ensemble des thématiques écologiques est aujourd’hui installé dans le débat public. La prise de conscience a eu lieu et, face aux enjeux, les comportements, tant au niveau individuel que collectif, sont en train de changer. Il y a une réelle aspiration écologique des générations qui ont entre 20 et 40 ans, bien plus forte que celle des générations précédentes, sans parler des plus jeunes, très sensibilisés à la fragilité de la planète. Les consommateurs s’adaptent et inventent de nouveaux modes de consommation beaucoup plus vite que les pouvoirs publics ou les industriels. Regardez la mobilité ! Qui aurait parié, il y a 10 ans, sur le succès de la mise à disposition, dans de nombreuses villes européennes, de véhicules électriques ?

Des innovations de rupture sont-elles attendues ?

Tous les scénarios de prospective de l’Ademe sont actuellement envisagés sans innovation de rupture. De nombreuses inventions et technologies existent déjà, qui ne sont pas forcément utilisées. Innover c’est bien mais, au regard du défi et de l’urgence auxquels nous sommes confrontés, il faut agir, et maintenant !

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