Bien sûr. Mais à toutes ces questions essentielles, l'architecte que je suis donne des réponses avant tout pragmatiques, en cohérence avec l'inquiétude de ses concitoyens ou de ses clients face au renchérissement des prix de l'énergie. il faut donc imaginer des solutions qui leur garantissent un confort thermique a un coût supportable et sur une échelle de temps assez longue, voisine d'une vingtaine d'années. Les économies d'énergie sont ainsi au coeur de notre démarche, rejoignant les préoccupations liées à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique.
L'écoconstruction : une réponse pragmatique à l'attente des citoyens pour une meilleure qualité de vie.
Lutte contre le réchauffement climatique, épuisement des ressources fossiles, développement durable : les architectes actuels intègrent-ils ces préoccupations ?
Jürgen Hartwig, Architecte urbaniste, directeur de l'agence Freiburg Futour en Allemagne
Les solutions existent-elles ?
Si je prends l'exemple d'une ville comme Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne, je constate qu'on peut, dans les constructions neuves, economiser jusqu'a 80% d'energie par rapport aux solutions classiques avec une bonne isolation (murs exterieurs, fenetres, toitures, caves), une orientation pertinente des batiments et des solutions techniques tres diverses, du puits canadien, qui utilise la fraicheur ou la chaleur relative du sol pour temperer l'air entrant dans le logement, jusqu'aux systemes de ventilation a double flux. pour la renovation, on atteint des performances similaires mais a un cout plus eleve. Ces materiaux et ces solutions d'efficacite energetique sont disponibles sur le marche, et leur prix a considerablement baisse. Aujourd'hui, la question est de savoir comment bien les utiliser. un exemple : il faut isoler les murs exterieurs, soit,mais sur quelle epaisseur : 20 cm comme en Allemagne ou 10 cm, comme cela se pratique encore en France?
Quelles sont les conditions de réussite ?
Quand on travaille dans le bâtiment, on s'inscrit dans une échelle de temps voisine de cinquante ans. Il faut donc anticiper. Et pour preuve : l'isolation est devenue un argument de vente ! Cette anticipation suppose une volonté politique qui, sur des sujets importants comme les économies d'énergie, s'exprime par une règlementation thermique claire, simple, compréhensible par les citoyens et controlable. Et c'est a l'état et aux villes de réglementer et de controler. Fribourg-en-Brisgau est un bon exemple. Il faut également veiller a la formation des ouvriers qui doivent intégrer les nouveaux enjeux, et adapter celle des architectes, appelés de plus en plus a travailler en tandem avec les bureaux d'études pour anticiper des questions très techniques dès la conception des projets. Ainsi, outre l'utilisation du bâtiment, l'energie est un nouveau paramètre déterminant que l'architecte intègre à sa création. C'est d'autant plus motivant qu'on ne connait pas aujourd'hui les formes architecturales qui seront developpées sous l'influence de la question de l'énergie. Tout, ou presque, est à inventer.
Quel peut être l'apport des énergies renouvelables ?
A Fribourg-en-Brisgau, il est très important. On compte une cinquantaine de bâtiments a énergie positive qui, avec des solutions comme les panneaux photovoltaïques en toiture ou en façade, produisent l'energie necessaire à leur consommation et même davantage. Reste maintenant a allier la réussite esthètique et la performance technologique. La encore, c'est pour les architectes un challenge motivant.
Avec ses écoquartiers de Vauban et Riesenfeld, la ville de Fribourg-en-Brisgau suscite-t-elle l'interêt d'autres municipalites en Europe ?
Pas seulement des municipalités, car nous accueillons un large public aux préoccupations assez diverses : urbanistes et architectes, qui s'enquièrent des solutions techniques de conception ou de maintenance, élus, interessés par la réglementation, societes et investisseurs, davantage préoccupés par la rentabilité et les coûts. Cet interêt partage montre bien que l'écoconstruction est une exigence qui va perdurer, non seulement parce qu'elle participe à la lutte contre le réchauffement climatique, mais aussi parce qu'elle est une réponse pragmatique à l'attente de nos concitoyens pour une meilleure qualité de vie en ville.