Toutes nos activités contribuent aux rejets de GES : production énergétique, urbanisme, transports et industrie pour le CO2, agriculture et stockage des déchets pour le méthane. Dans l'énergie, la première piste est de promouvoir les économies, car le gaspillage est évident. Il nous faut repenser tout un système basé sur l'abondance des énergies, développer des services et des technologies pour consommer moins, instaurer des politiques d'incitation, adopter des modèles urbains et industriels plus sobres en énergie. On peut aussi remplacer les énergies fossiles par des productions peu émettrices de CO2, renouvelables et nucléaires. Mais aucune énergie n'est parfaite, chacune a sa contrepartie. Le stockage souterrain du CO2 émis par la combustion des ressources fossiles est une autre possibilité étudiée par plusieurs pays,mais les travaux sont encore embryonnaires. Ainsi, notre futur ne saurait être fait d'une solution miracle mais d'un ensemble de solutions.
Entretien avec Hervé Le Treut
Membre de l'Académie des sciences, directeur de recherches au CNRS, professeur de mécanique à l'École polytechnique, directeur du Laboratoire de météorologie dynamique(unité mixte CNRS/École polytechnique/École normale supérieure/université Pierre et Marie Curie). Coauteur du 4e rapport du GIEC.
- Vous avez contribué au 4e rapport du GIEC fin 2007 sur l'évolution future du climat. Quels en sont les grands enseignements ?
- Quel est le lien entre les émissions de gaz à effet de serre et le changement climatique ?
- Le réchauffement est-il certain ?
- Est-il évitable ?
- Quelles sont les solutions ?
Vous avez contribué au 4e rapport du GIEC fin 2007 sur l'évolution future du climat. Quels en sont les grands enseignements ?
Il confirme les prévisions des rapports précédents : la température moyenne de la planète, qui s'est réchauffée de 0,74 °C sur les cent dernières années, va continuer à augmenter, avec un réchauffement qui, en 2100, se situera dans une fourchette allant d'un peu plus de 1 °C si l'on prend des mesures drastiques et immédiates - qui sont impossibles - à plus de 6 °C si l'émission de gaz à effet de serre continue de dériver. Le réchauffement climatique va donc s'amplifier, bouleversant nos écosystèmes car les valeurs les plus probables sont voisines de 4 °C ou 5 °C. Rappelons-nous qu'entre l'âge glaciaire et notre époque, l'écart est de 5 °C à 6 °C. Plus marqué dans les hautes latitudes de l'hémisphère Nord, le réchauffement provoquera la fonte de la banquise et des glaciers d'ici à 2050. Les projections montrent aussi une accélération de la montée du niveau moyen de la mer, que les modèles situent entre 20 cm et 60 cm supplémentaires d'ici à 2100, au lieu de 17 cm durant tout le XXe siècle - certains indices montrent d'ailleurs que les modèles sont peut-être incomplets et trop prudents. Ce relèvement fragilisera les zones côtières et les grands deltas, comme ceux du Gange, du Nil ou du Mékong, et obligera à revoir les plans d'occupation des sols. Le régime des précipitations sera lui aussi modifié, il pleuvra davantage dans les régions humides, au nord de l'Europe par exemple, et la sécheresse s'accentuera dans les régions arides comme le pourtourméditerranéen. En outre, les aléas climatiques, tempêtes et cyclones, augmenteront en intensité et de manière aléatoire et chaotique. Tout ceci peut conduire à des migrations de populations.
Quel est le lien entre les émissions de gaz à effet de serre et le changement climatique ?
Dès lors qu'ils sont présents dans l'atmosphère à l'état de trace, les gaz à effet de serre (GES) maintiennent la chaleur près de la terre et la rendent habitable. Sans eux, elle serait gelée. Mais l'équilibre est très fragile et la concentration excessive de ces gaz dans l'atmosphère, directement liée aux activités humaines : production d'énergie, transports, agriculture, industrie, accentue le réchauffement de la planète et modifie l'équilibre climatique actuel, lui-même contrôlé par des mécanismes très fins.
Le réchauffement est-il certain ?
Oui, car il se développe sous l'effet de mécanismes physiques bien déterminés. Tous les rapports du GIEC depuis 1990, sur la base de modèles qui s'affinent progressivement, aboutissent aux mêmes conclusions, témoignant de la robustesse du diagnostic. De plus, nous disposons à présent de manifestations tangibles de ce réchauffement peu discernable en 1990 : l'augmentation générale des températures, la fonte des glaces du Groenland et de la banquise, le recul des glaciers de montagne.
Est-il évitable ?
Nous pouvons stabiliser la situation, et c'est essentiel pour enrayer l'emballement du processus. Les GES restant stockés dans l'atmosphère pendant des durées variables - une centaine d'années pour le CO2, une dizaine pour le méthane - la hausse des émissions depuis soixante ans a des effets partiellement irréversibles.
Il y a urgence à réduire au moins de moitié nos rejets de CO2, c'est-à-dire à les ramener de 8 à 4milliards de tonnes par an pour toute la planète, en sachant qu'il est impossible de mettre tous les pays sur le même plan, leurs responsabilités passées et leur développement n'étant pas comparables. Il faut aussi prévoir des mesures d'adaptation, par exemple ériger des digues et revoir l'occupation des zones côtières.
Quelles sont les solutions ?
Extrait du rapport annuel 2007.